Le Monde diplomatique – October 2015


Les conséquences de l’embrasement du Proche-Orient

Qui accueille vraiment les réfugiés ?

par Hana Jaber

Les gouvernements occidentaux font semblant de découvrir l’ampleur du chaos syrien avec l’afflux de réfugiés des dernières semaines. Mais seule une infime minorité des onze millions de Syriens fuyant la guerre civile arrive à atteindre l’Europe au terme d’un voyage périlleux. Pour l’essentiel, ils trouvent refuge dans une autre région de leur pays, en Turquie, au Liban et en Jordanie, où cette présence massive perturbe les équilibres socio-économiques et politiques.

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Rebecca Raue. — « Menschen gehen » (Des hommes s’en vont), 2014
Bernd Borchardt / Rebecca Raue / Gallery Michael Schultz

«Ma mère est restée au village avec mon petit frère pour s’occuper des plus âgés, raconte M. Hamad Hamdani, 15 ans. Elle a insisté pour que je parte avec mon oncle en Turquie. Elle voulait que je sois en sécurité, car elle craignait pour moi en raison des milices qui ont pris le contrôle d’Azaz. » Originaire d’un village à la périphérie de cette petite ville située au nord d’Alep, M. Hamdani a quitté la Syrie voilà maintenant trois ans. En juillet 2012, son père a été tué par un baril d’explosifs lors d’un raid de l’aviation de M. Bachar Al-Assad. Quelques semaines plus tard, au petit matin, l’adolescent faisait ses adieux à sa mère et se hissait dans une camionnette avec la famille d’un oncle, déserteur de l’armée gouvernementale. Propulsé au milieu de ce gigantesque maelström, chaque réfugié est porteur d’un récit singulier ne laissant entrevoir qu’un petit aperçu du drame syrien et de ses conséquences dans les pays voisins.

Dans un premier temps, M. Hamdani et les siens s’installent dans le camp turc d’Oncüpinar, dans la province de Kilis, de l’autre côté de la frontière. C’est l’un des vingt-deux centres ouverts depuis 2011 par les autorités d’Ankara dans les huit provinces qui longent la frontière. Selon le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), plus de 4 millions de personnes ont fui la guerre civile en sortant de Syrie, sans compter les 7,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Environ la moitié des réfugiés syriens vivent aujourd’hui en Turquie (1,9 million selon le HCR) et 80 % d’entre eux en dehors des camps. Ainsi, la famille Hamdani occupe désormais un petit appartement dans un quartier populaire de Gaziantep, une ville où plus d’un habitant sur dix est syrien. M. Hamdani travaille comme garçon de café et son oncle comme livreur et homme à tout faire dans la cuisine de l’établissement : « Au début, le camp à Kilis était propre et organisé, confie M. Wael Hamdani, l’oncle de Hamad. Nous ne manquions de rien. Mais il y avait une certaine promiscuité. Je n’ai pas (…)